Confiteor, Jaume Cabré

10461446_10152854585838567_4883484480967799175_nSalut ! Je sais pas ce que t’es en train de faire mais arrête tout et lis ça parce que ce livre là, il est pas comme les autres.

« Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi les grandes personnes étaient toujours en rogne parce que tu ne m’aimes pas, il commençait à découvrir que c’était la barbe cette histoire d’aimer, avec les baisers et tout le reste. »« Il commençait à regarder le monde avec un peu moins d’impatience. Et il lui arrivait même d’avoir, de temps en temps, un sourire sans argument, un sourire comme ça, parce que la vie. »

« Ils partirent en voyage de noces, rieurs, exubérants, et peu à peu ils commencèrent à travailler, avec constance et sérieux, à leur malheur. »

C’est beau hein ? Normalement j’ai même pas besoin d’en rajouter, tu as déjà envie de le lire. Mais je lui dois d’en dire plus, et il y a tant à dire !

Commençons par le titre : Confiteor, de Jaume Cabré publié chez Actes Sud. Ah non j’aurais dû commencer par cette couverture, MAGNIFIQUE couverture tu trouves pas ? Et figure-toi que c’est la même que l’édition espagnole originale, et qu’elle a été gardée dans la plupart des pays où le livre a été traduit. Fait exceptionnel, qui en dit long sur son importance. Parce que cette couverture constitue déjà une clé pour ouvrir les nombreuses serrures de ce coffre à trésors. Et des clés, crois-moi tu vas en avoir besoin ! Tu sais quoi, prends même ta boussole, parce qu’on s’y perd dans ce roman là. Mais au fil des pages, tu te découvres un nouveau sens de l’orientation littéraire, et c’est comme un jeu qui commence avec le narrateur. Un énorme puzzle qui prend forme là, sous tes yeux, récompensant tes efforts de lecteur assidu.

Il faut te dire, aussi, que ce livre, je suis en train de le lire. Je n’en suis qu’à la moitié, soit quelque part aux alentours de la 400e page. Mais il fallait absolument que je t’en parle, j’pouvais plus attendre. Il m’a fallu du temps pour en trouver les clés, je me suis perdue dans les dédales de cette histoire. Je me suis accrochée parce que c’était évident, j’avais dans les mains un de ces romans qui ne se livrent pas facilement mais qui transforment ton expérience de lecteur. J’ai ramé, jusqu’à la 150e page. Et puis après BAM, j’avais trouvé les clés, compris la construction, cerné le narrateur et j’étais prise. Complètement envoutée, passionnée, possédée par la certitude que ce roman là restera très très longtemps dans ma tête et dans mon cœur.

Tu dois te demander pourquoi on s’y perd autant. Eh bien parce que le narrateur, Adrià Ardèvol, est un vieux monsieur qui sent bien que la mémoire lui échappe. Il entreprend alors de coucher ses souvenirs, son histoire familiale qui a si souvent croisé la grande Histoire dans une lettre (de 800 pages tout de même) destinée à Sara, l’amour de sa vie disparue sans laisser de trace après quelques mois d’idylle, alors qu’il n’était qu’un adolescent. Mais à son grand âge, les choses se mélangent un peu. Et c’est ainsi que l’on passe du je au il dans la même phrase, d’une époque à une autre, d’un personnage à un autre, dans le même chapitre. Et c’est là où l’auteur t’en met plein la tronche avec son génie : grâce à des détails subtilement distillés, des phrases répétées comme des repères et autres subterfuges, tu finis par te prendre au jeu, et c’est comme une victoire quand tu as compris les règles. Je te jure, à chaque page c’est une explosion, il m’arrive de m’entendre dire à voix haute « woooo il est fort, il est très très fort » et quand je referme le livre parce qu’il est l’heure de dormir je me dis « mon dieu que c’est beau ».

Bon il faut quand même que je te dise de quoi ça cause. Adrià Ardèvol est un enfant né dans une famille bourgeoise. Son père tient un magasin d’antiquités et se passionne pour les objets rares et précieux.Sa mère, une femme froide et malheureuse n’a jamais su aimer son fils. Des parents durs, qui ne se soucient guère des sentiments d’Adrià, du moment qu’il devient violoniste virtuose tout en apprenant le plus de langues possible. Sauf qu’Adrià, surdoué polyglotte et violoniste (pas le choix) ça finit par le gonfler. Il envoie tout balader… mais l’histoire familiale va se rappeler à son bon souvenir. Un violon d’un valeur inestimable, une médaille et un linge de table : trois objets familiaux, emblèmes tragiques, qui relient les époques de l’Inquisition, de la dictature espagnole, de l’Allemagne nazie et autres périodes obscures de l’Histoire. On comprend petit à petit que le père d’Adrià a trempé dans de sales affaires pour assouvir sa passion et enrichir la famille, mais pas que.

Un chaos narratif, reflet des périodes les plus troubles de notre histoire. Génèse du Mal, traité de la mémoire collective et individuelle, gageons que ce roman fera parti des incontournables de la littérature espagnole dans cent ans et plus encore.
On est bien tentés de le comparer à Proust, Faulkner ou Joyce, mais chaque fois que l’on fait un parallèle le texte nous échappe et l’auteur nous déroute en nous faisant emprunter un autre chemin.

Incomparable donc. Et unique. Un monument.

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