Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

PHO5fbe3ebc-7a14-11e3-b750-b82a956e453f-300x450Il y a des livres comme ça, qui sont entrés dans ta vie et qui n’en ressortiront jamais. Des livres qui susciteront toujours la même passion et la même émotion à chaque fois que tu en parleras, des livres qui deviendront presque une religion. Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal publié aux éditions Verticales fait partie de ceux-là.

Alors je sais, ce livre on l’a vu partout, on en a parlé dans tous les médias, il a été couvert de prix littéraires mais ça fait rien. Fallait que je t’en parle aussi ; quand on aime autant il faut le dire. Et puis on sait jamais, si t’es passé à côté et que je peux le faire découvrir ne serait-ce qu’à une seule personne, ce sera gagné.

Pour tout un tas de raisons, j’ai mis du temps à me décider à faire cette chronique. D’abord parce que l’idée de ce blog est née du calendrier de l’avent littéraire que j’ai tenu sur facebook en décembre dernier et que c’était pas franchement le livre le plus évident à offrir à Noël (tu vas comprendre pourquoi), ensuite parce que ce livre était tellement important qu’il fallait trouver le moment juste, un moment qui lui appartienne. Et puis quand je me suis enfin décidée, il y a une semaine, à écrire cette chronique (qui va me donner du fil à retorde je le sens), il m’est arrivé tout un tas de trucs en très peu de temps. Jte raconte ? Ouais vas-y jte raconte, j’ai trop envie !

Cette semaine, j’ai commencé à travailler dans une médiathèque (pour un remplacement de deux mois). En tant que libraire, ça fait un sacré drôle d’effet de découvrir ce monde-là, tellement proche mais tellement différent. Mais j’adore ça, je bosse avec une super équipe, j’apprends plein de choses et je suis super heureuse.  Cette semaine, j’ai aussi décroché un CDI (aka le SAINT GRAAL) dans une librairie de voyage que j’adore qui s’enchaînera juste après mon contrat avec la médiathèque (elle est pas super-méga-belle la vie ?). Cette semaine, j’ai commencé à donner des cours de soutien à une petite/moyenne fille de sixième (et me suis retrouvée par la même occasion complètement démunie devant un problème de maths d’une simplicité déconcertante, la Honte). Cette semaine, je suis aussi entrée dans le cercle très ouvert des mordus d’Harry Potter (mieux vaut tard que jamais !). Bref j’ai pas chômé.

Après toutes ces émotions, me voilà face à mon ordinateur, prête (ou pas) à te parler de mon PLUS GROS COUP DE CŒUR de l’année 2014 (oui fallait que je crie pour être sure que t’aies bien compris. Non pas qu’il faille crier dans la vie pour se faire entendre hein parce que je… oui enfin bon je me lance dans un débat qui n’a rien à voir, revenons à nos moutons). Et donc là je vais un peu plomber l’ambiance (si tu savais comme je suis fière à chaque fois que je mets un mot barré, j’ai toujours rêvé de faire ça). Je vais plomber l’ambiance parce que ce livre c’est le roman d’une transplantation cardiaque. Ouais je sais, dit comme ça c’est vraiment pas sexy. (Normalement, tu comprends mieux la réticence pour le cadeau de Noël à ce stade de l’article). Mais attends avant de cliquer sur la petite croix qui m’enverra balader, parce que C’EST JUSTE LE PLUS BEAU ROMAN DE LA TERRE ET DE L’UNIVERS (t’as compris ?). Quand je l’ai refermé, je n’ai rien pu lire pendant deux mois. Tous semblait fade et insipide ; c’est que ça se digère un livre comme ça. On le savoure, on le déguste avec patience et lenteur, et on laisse toutes ses saveurs se déployer une fois qu’on l’a refermé.

Bon. C’est parti. Ce roman c’est l’histoire de Simon, jeune surfeur dans la fleur de l’âge qui se lève avant l’aube pour aller titiller les vagues avec ses deux copains. Après la session, les corps se relâchent, l’attention diminue et l’accident survient au détour d’un virage. Simon est rapidement transporté à l’hôpital dans un état critique et très vite le diagnostic tombe, froid, nerveux, terrible : mort cérébrale. Débutent ainsi les 24 longues heures qui vont mener à la transplantation du cœur de Simon dans le corps d’une femme en sursis. (Et d’autres de ses organes. Mais le cœur c’est le début et la fin, c’est le centre, c’est la vie.) Pendant ces heures qui s’étirent, on rencontre les parents de Simon qui ne comprennent rien : comment peut-il être mort puisque son cœur bat toujours – ça n’a pas de sens. Il y a aussi Thomas Rémige, le coordinateur de greffe qui est chargé de poser la question : Simon a-t-il émis le souhait de donner ses organes ? La question est absurde, quand on a moins de vingt ans, on ne pense pas à ces choses-là. C’est un travail de longue haleine d’expliquer, d’attendre le bon moment pour dire les bons mots, c’est une négociation qui se joue là, une course contre la montre. Il y a Cordélia l’infirmière de garde, qui n’a pas beaucoup dormi et qui a des problèmes de mec. Il y a tout un monde, parfaitement organisé et préparé, dont le boulot est de transformer la mort en vie.

Ce roman, extrêmement documenté (l’auteure a beaucoup travaillé avec les médecins et assisté elle-même à une transplantation cardiaque pendant l’écriture de ce livre) soulève de nombreuses questions : spirituelles, imaginaires, symboliques et morales. On prend conscience de toutes les choses qu’une greffe implique ; pour la famille du donneur mais aussi pour le receveur. Véritable plaidoyer pour la vie, Maylis de Kerangal s’applique, grâce à une écriture précise, puissante, lyrique, poétique, reconnaissable entre mille, à montrer comment la mort peut parfois, possiblement et toujours douloureusement, réparer les vivants.

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2 réflexions sur “Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

  1. Je sais, je sais, cette chronique date du mois de Mars et je viens juste de la lire ( honte à moi ).
    Alors….eh ben, j’ai pris ce livre en main des dizaines de fois en librairie et à chaque fois je l’ai reposé.
    Pourquoi ? Va savoir ? Ce n’était sans doute pas le moment, et peut-être aussi qu’aucune libraire n’a pu me donner envie, comme tu me donnes envie à la lecture de ta chronique.
    Alors je vais mettre mon petit manteau, mes petites bottines, et courir dans la librairie la plus proche de chez moi ( La Litote ) et l’ acheter. Et le lire….vite….et te dire…..
    Merci à toi

    Aimé par 1 personne

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