Profession du père, Sorj Chalandon

Mise en page 1Profession du père, le dernier roman de Sorj Chalandon fait indéniablement partie des incontournables de la dernière rentrée littéraire. Comme toujours dans ses livres, Mr Chalandon s’inspire de sa vie et de son expérience personnelle pour nous livrer des textes tous plus bouleversants les uns que les autres. Et le petit dernier ne déroge bien évidemment pas à la règle. Il faut dire qu’avec une vie comme ça, il y en a des choses à dire ! Ancien reporter de guerre pour Libération et désormais chroniqueur au Canard Enchaîné, voilà un homme engagé, terriblement touchant et incroyablement honnête qui a bien des histoires à nous raconter. Ici, c’est l’histoire peu banale de son enfance aux côtés d’un père fou et violent qu’il nous confie, avec beaucoup de pudeur et de grandeur.

Pour la petite histoire, ce roman-là me tentait moins que les autres. J’ai toujours eu un peu de mal avec la littérature française et ce besoin incessant de parler du père, de la mère, des grands-parents, bref de sa vie et de ses blessures. Mais après la CLAQUE qu’avait été son précédent roman Le quatrième mur (dont tu peux retrouver ma chronique ici) je me suis dit que ça ne pouvait PAS être mauvais et par curiosité je me suis rendue à une rencontre avec l’auteur dans une grande librairie parisienne. Et là, Coup de foudre, Coup de coeur, Amour fou, bref tout ce que tu veux qui comporte un gros coeur. Je me suis dit que c’était la rencontre la plus émouvante à laquelle j’avais assistée, mais aussi la plus drôle, la plus touchante et la plus honnête. Je me suis donc dépêchée d’acheter le livre, j’ai laissé tomber ma lecture en cours et je me suis plongée dedans. Quelques jours plus tard, j’ai appris qu’une autre rencontre avec Sorj Chalandon était organisée dans une autre librairie, je voulais y retourner, le réécouter et j’ai embarqué mon amoureux et son papa en leur disant « il faut absolument que vous l’entendiez, il faut absolument écouter ce qu’il a à dire, c’est un homme extraordinaire ». En plein milieu de ma lecture, me voilà donc à une autre rencontre, où la moitié de l’audience s’est retrouvée en larmes lorsqu’il a évoqué sa couverture du conflit libanais dont il a tiré Le quatrième mur. Voilà, c’est ce genre de mec, qui se livre sans armure et de plein fouet, avec toujours cette pudeur qui lui donne une classe folle et une émotion qui lui file des larmes à lui aussi. Je suis repartie chamboulée, en ayant convaincu deux personnes de plus de l’urgence de lire Sorj Chalandon. Bref, jsuis un peu complètement amoureuse quoi.

Et donc, mon nouveau héro littéraire nous raconte l’enfance à peu près atroce qu’il a vécu aux côtés d’un père complètement à côté de la plaque mais surtout grand, grand, GRAND mythomane. Un père qui ne travaillait pas mais qui racontait à son fils comment il fut jadis chanteur (il a d’ailleurs dû arrêter sa carrière pour permettre à Edith Piaf de briller, elle qui fut folle de lui), footballeur, prof de judo, pasteur pentecôtiste, mais surtout, un père qui fut conseillé personnel du Général de Gaulle pendant la guerre. Mais lorsque ce dernier accorde l’indépendance à l’Algérie, André Choulans le vit comme une trahison et promet à son fils une vengeance terrible. Et c’est ainsi qu’il demande tout naturellement à son fils Emile de rejoindre le mouvement de résistance. Sa mission s’il l’accepte : assassiner De Gaulle. Rien que ça. Bien sur, rien de tout ça n’est vrai, tout se passe dans le tête de ce père paranoïaque et tyrannique. Mais quand on est un enfant de  13 ans, qu’on a toujours connu ce père à la vie trépidante, on n’a pas les armes pour résister, pour se rendre compte de la folie et du mensonge. A côté de ça, les privations et les coups pleuvent, et la mère est complice, morte de trouille, en se cachant derrière une phrase qui dit tout des lubies mensongères et passagères et de l’impuissance  : « Tu connais ton père… »

Ce roman, Sorj Chalandon confie qu’il n’a pu l’écrire qu’après la mort de son père. Pour se délivrer d’une violence qui l’a toujours poursuivi et qui l’a poussé à couvrir les guerres du XXe siècle pour exorciser cette souffrance enfantine. Le thème du roman est un peu dur vu comme ça mais grâce à une écriture subtile et magnifique et pudique et touchante et surtout grâce à cet humour infaillible bien propre à l’auteur qui sauve tout, à commencer par lui-même, on passe un moment de lecture unique et on a qu’une envie : QUE TOUT LE MONDE LE LISE.

Voilà c’était le quart-d’heure groupie.

 

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